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Las Vegas: comme après chaque tuerie, le débat sur le port d’armes ressurgit

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La fusillade de Las Vegas, qui a causé la mort de 59 personnes et en a blessé plus de 500 ce dimanche 1er octobre, a bien évidemment eu des répercussions politiques à Washington. Et le débat sur le port d’armes à feu dans le pays n’a pas manqué de ressurgir.

Donald Trump a suivi l’évolution de la situation tout au long de la journée de ce lundi. Il s’est aussi adressé avec sobriété aux Américains, dénonçant un acte représentant le « mal absolu », en appelant ses compatriotes à s’unir et à prier pour les victimes.

« Dans les moments de tragédie et de douleur, l’Amérique se réunit comme une seule personne, a notamment déclaré le locataire de la Maison Blanche. On s’appuie sur les liens qui nous unissent : notre foi, notre famille et nos valeurs partagées. On s’appuie sur les liens entre citoyens, communautés et le réconfort que nous procure notre humanité commune. »

Le président américain a aussi observé dans l’après-midi une minute de silence sur la pelouse de la Maison Blanche avec à ses côtés, son épouse, le vice-président Mike Pence et sa femme. Et il doit se rendre demain à Las Vegas pour rencontrer les autorités et les familles, relate notre correspondant à WashingtonJean-Louis Pourtet.

Port d’armes : la Maison Blanche temporise

S’il a donc fait tout ce que l’on attendait de lui en pareille circonstance, il se voit tout de même reprocher de n’avoir pas parlé de ce qui est la cause du problème, les armes.

La porte-parole de la présidence, Sarah Huckabee Sanders, sans exclure un tel débat, estime que ça n’est pas le moment de remettre le sujet sur la table : « Ce n’est pas le moment pour un  débat politique. Maintenant c’est le moment d’unifier le pays et il serait prématuré pour nous de parler politique quand nous ne connaissons pas tous les faits. »

« Pour Donald Trump et pour sa majorité, le problème ici n’est pas le problème du port d’armes. C’est plutôt – si Daech est effectivement derrière[ce massacre] -, la question de la radicalisation, la question de la surveillance généralisée », commente l’historien Thomas Snegaroff.

Tel n’est pas l’avis des démocrates. Nancy Pelosi, chef de la minorité, a écrit au président de la Chambre, le Républicain Paul Ryan, pour qu’il crée une commission qui préparerait une loi de bon sens.

« Chaque fois c’est dramatique, mais aucune leçon n’est apprise, regrette sur RFI Constance Borde, ancienne représentante en France du Parti démocrate américain et membre élu du comité national du parti aux Etats-Unis. Il y a toujours un retour à la violence, il y a une résistance à toute loi qui pourrait empêcher la vente des armes aux Etats-Unis. Pour moi, la National Rifle Association, la NRA [le principal lobby des armes outre-Atlantique, ndlr] est pratiquement un groupe de terroristes eux-mêmes car ils continuent à répandre les armes facilement dans le pays. »

Côté républicain, rien n’indique que les élus soient décidés à s’attaquer au problème. Au contraire la Chambre s’apprête à discuter d’une loi qui permettrait d’acheter plus facilement des silencieux.

« Comme à chaque tuerie, on assiste à des prises de position pour avoir plus de régulation, analyse Vincent Michelot, spécialiste des Etats-Unis à Sciences Po Lyon. Hillary Clinton s’est d’ailleurs immiscée dans le débat dès l’annonce de la fusillade. »

« Et pourtant, poursuit le chercheur, qu’il s’agisse de l’assassinat d’enfants dans le Connecticut en 2012, de gens qui vont dans un club pour écouter de la musique en 2016, jamais une des tueries récentes n’a eu de résultat en termes de modification de la législation sur le port d’armes, que ce soit au niveau fédéral qu’au niveau fédéré. […] Il n’y a pas aujourd’hui une majorité partisane, composée de démocrates et de républicains, ou simplement d’un seul parti, qui puisse surmonter d’abord le fait qu’une partie importante soutient ce droit – même si les chiffres sont discutables – et ensuite les mécanismes dans la sphère politique américaine qui permettent à la NRA et à d’autres lobbies de jouer sur des blocages », en faisant notamment pression sur les élus.

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