Parti unifié : Bédié-Ouattara, l’heure du grand sacrifice

Parti unifié : Bédié-Ouattara, l’heure du grand sacrifice

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Le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), Henri Konan Bédié, et le président de la République, Alassane Ouattara, se sont rencontrés dans la plus grande discrétion, le jeudi 24 mai 2018, au Palais de la présidence au Plateau

Cette rencontre au sommet, fortement attendue, devrait décrisper l’atmosphère très tendue entre les deux grandes formations politiques de la coalition des Houphouëtistes. Elles sont en désaccord total sur la question du parti unifié. Certains membres de l’alliance, en l’occurrence le Rassemblement des républicains (Rdr) et l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (Udpci) de Mabri Toikeusse, ont composté leurs tickets d’entrée au parti unifié à l’issue de leur congrès respectif. Il reste le Pdci d’Henri Konan Bédié, qui maintient jusqu’ici sa ‘’rébellion’’ à cette idée d’unification chère au chef de l’État. Le Pdci estime que c’est son heure de gouverner le pays et réclame, mordicus, une alternance en 2020, pour tenir compte, selon lui, d’une promesse à lui faite par le président Alassane Ouattara. « Le Pdci présentera un candidat en 2020 », claironne le président Bédié, à chaque fois qu’il en a l’occasion. Le Rdr rejette en bloc cette idée et souligne que le choix du successeur au chef de l’État se fera au sein du parti unifié, et que le meilleur des Houphouëtistes sera le porte-étendard de la coalition pour la présidentielle de 2020. « Tout le monde pourra être candidat, et le meilleur sera choisi », réagit le président Ouattara.

Impasse et sacrifice. C’est donc le blocage total depuis plusieurs mois. Les relations entre les deux têtes fortes du Rhdp ont même pris un sérieux coup de froid, avec des pics d’inimitié jamais atteints (ils ne se sont pas parlé pendant plusieurs mois). La rencontre d’hier, à l’instar de celle du mardi 10 avril 2018, vise à trouver une solution à cette impasse politique autour du Parti unifié. Dans le contexte actuel où chaque leader est solidement attaché à son idée, avec le soutien sans faille de ses militants, l’équation paraît beaucoup plus complexe à résoudre. La seule alternative salvatrice serait, pour l’un ou l’autre, la renonciation aux ambitions. C’est d’ailleurs l’option faite par le président de l’Udpci, Mabri Toikeusse, pour donner une chance au Parti unifié. De cette même façon, soit le président Alassane Ouattara accepte de concéder l’alternance en 2020 à un militant actif du Pdci comme le souhaite le vieux parti, mettant ainsi un bémol à son idée de fusion et de choix du meilleur des Houphouëtistes pour l’échéance 2020. Il se mettrait alors à dos tous les caciques et inconditionnels du Rdr qui n’envisagent point de céder le pouvoir de sitôt et qui manœuvrent fortement pour un maintien de leur parti aux commandes.

Soit c’est le président du Pdci, Henri Konan Bédié, qui plie encore une fois l’échine et adhère aux idéaux du président d’honneur du Rdr. Il s’agirait pour le sphinx de Daoukro de convaincre ces inconditionnels d’une candidature Pdci en 2020 d’y renoncer. Une décision tout aussi lourde de conséquence, vu que le leader du parti vert et blanc a déjà un contentieux avec les siens suite au refus de présenter en 2015 un candidat encarté Pdci au profit du candidat du Rdr, Alassane Ouattara. Bédié pourra-t-il encore convaincre ses partisans de consentir un autre sacrifice ? Rien n’est moins sûr. Dans tous les cas, c’est l’heure du grand sacrifice. Et comme on le dit communément, on ne parvient à rien sans sacrifice. L’aîné et le cadet des Houphouëtistes devront y songer sérieusement, car la mise en place du Parti unifié dans le contexte actuel commande que l’un des grands abandonne son projet.

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