Affaire Soul to Soul-Affoussiata Bamba : « Le domicile était connu...

Affaire Soul to Soul-Affoussiata Bamba : « Le domicile était connu comme étant un endroit qui abritait ces armes…Tout le monde le savait »

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Dans un entretien accordé à Radio France Internationale (RFI), Affoussiata Bamba Lamine, proche de Guillaume Soro est revenue sur l’affaire dite de la cache d’armes découverte chez Kamaraté Souleymane dit Soul to Soul. L’ex-ministre s’est également prononcée sur la mise en observation de certains pro-Soro dont elle-même par la DST.

Ce document de la Dst qui circule sur les réseaux sociaux et qui recommande de vous mettre sous surveillance, ainsi que certains de vos camarades, est-ce qu’il vous paraît crédible ?

Depuis plusieurs jours, des rumeurs circulent sur le fait que je serais mise en observation ainsi que d’autres personnes proches du président de l’Assemblée nationale. Mais, aujourd’hui (hier, jeudi 26 octobre 2017, Ndlr), j’ai vu le document physique, qui est un document administratif et non juridique, par lequel, effectivement, il est demandé par la Direction de la surveillance du territoire de nous mettre en observation. Et j’ai décidé donc de m’exprimer parce que je suis avocate.

Dans la forme, je n’en ai pas eu notification. Je n’ai pas été informée. D’où ma surprise de constater par voie de presse que j’étais mise en observation ainsi que d’autres personnes. Il est, pour moi, important que ces personnes aient eu notification au préalable.

Ce qui me fait aller dans le fond. Il s’agit quand même de liberté fondamentale, notamment la liberté d’aller et de venir, qui est protégée par notre Constitution. Or là, on nous demande de nous retirer ces libertés et ces droits sans que le juge d’instruction, qui est le garant des libertés, en soit informé. D’où, effectivement, ma surprise à ce niveau-là. Ce n’est pas normal. Ce n’est pas de cette façon que les choses doivent se faire, et il est important de le dénoncer et donc de le dire.

Est-ce qu’on ne peut pas supposer qu’il y a un rapport avec l’instruction menée contre Kamaraté Souleymane, où votre nom et celui de Moussa Touré et Sekongo Félicien sont cités ?

On reste dans le cadre d’une supposition. Donc moi je ne peux répondre à la place de ceux qui instruisent le dossier. L’instruction, comme vous le savez, est secrète. Donc je ne peux pas me prononcer sur ce sujet. Je vais demander effectivement des informations auprès du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité pour savoir pourquoi un tel document me concernant circule et, évidemment, je le ferai pour tous les concernés dans la note.

On ne peut pas s’empêcher de penser que toute cette affaire a un rapport avec les liens qu’on dit distendus entre Soro et Alassane Ouattara. Est-ce que, comme le disait le président Ouattara il y a deux jours, à Niamey, il n’y a pas de crise entre le président de l’Assemblée nationale et le président de la République ? Ou est-ce qu’il y a des petites frictions, des petites tensions ?

Ils ont dit tous les deux qu’il n’y a pas de problème entre eux et je ne vais pas me faire d’interprétation de ce qu’ils ont dit. Ils ont été très clairs. Ils ont dit effectivement qu’il n’y a pas de problème, on le prend comme ce qui a été dit.

Il n’y a pas de problème entre eux, mais on met la pression sur des conseillers de Guillaume Soro.

Je ne fais pas de lien. Je dis simplement, on me met en observation, moi-même et d’autres personnes. On pourrait se poser des questions. Ça c’est évident. Mais, en même temps, le fait que le président de la République et le président de l’Assemblée nationale entretiennent de bons rapports n’est pas remis en cause pour autant. Il faut faire une dissociation.

En tant que citoyenne ivoirienne, ancienne ministre, avocate, est-ce que vous estimez qu’il est normal qu’on retrouve, six ans après la crise, deux ans et demi après le processus Addr, des armes chez un particulier, qui plus est, un grand commis de l’État ?

Je dirai que ce n’est pas normal dans l’absolu. Mais, en même temps, qui connaît l’histoire de la Côte d’Ivoire pourrait être retenu dans ses propos. Ce pays a connu une crise politique majeure qui a débouché sur une quasi guerre. La Côte d’Ivoire était également sous embargo militaire. Quand on est sous embargo, on ne peut vendre ni acheter des armes, ni a fortiori détenir des armes dans des dépôts légaux qui sont connus de tous. C’était le cas de la Côte d’Ivoire. Je pense que pour les autorités, à l’époque, il était important d’avoir des armes ailleurs que dans ces dépôts légaux. Maintenant pourquoi c’est seulement aujourd’hui qu’on découvre ces armes ? Moi, je me pose la question. Je crois que tout le monde se pose la question. Mais ce que je peux dire simplement, ce sont des interrogations que je pourrais me poser. Premièrement, si ces armes ont été retrouvées chez M. Souleymane Kamaraté, c’est que ces armes sont rentrées en Côte d’Ivoire avec l’autorisation, notamment, des autorités. L’autre question qu’on pourrait se poser également, c’est de se dire, en 2012, le domicile de Soul To Soul était connu comme étant un endroit qui abritait effectivement ces armes. Tout le monde le savait. Et pourquoi c’est aujourd’hui qu’on nous dit qu’on découvre six tonnes d’armes chez une personne qui n’est pas autorisée à détenir ces armes ? Ce sont des questions que je me pose.

Si on trouve des armes 6 ans après les événements dont on a parlé, est-ce qu’il n’y a pas eu de défaillance au niveau du gouvernement pour le processus de désarmement ?

On pourrait se poser des questions. Parce que quand je dis tout le monde, notamment les autorités militaires qui le savaient, on pourrait se poser des questions.

Cela veut dire que le gouvernement ivoirien n’a pas fait son travail ?

Ça veut dire qu’on pourrait se poser des questions sur le fait que les autorités militaires savaient qu’il y avait des armes qui étaient détenues dans certains domiciles, notamment celui de Soul To Soul.

Est-ce que vous pensez que la population ivoirienne va supporter longtemps toutes ces querelles, zizanies, jusqu’en 2020, entre membres et hauts responsables politiques qui créent un climat pas très paisible ?

Je pense que les Ivoiriens ont besoin de paix. Et le fait que, justement, le président de l’Assemblée nationale tende la main à tous pour demander que nous puissions rentrer dans le cadre de la réconciliation nationale, est une bonne chose. Et chacun des responsables l’a compris et doit le comprendre, et faire tout pour que, justement, leurs actes, leurs postures, ne puissent pas troubler la quiétude des Ivoiriens.

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